"Jérusalem", le bulletin diocésain du Patriarcat latin de Jérusalem, a publié un article sur la paroisse hébréophone de Beersheva qui incluait un entrétien avec le curé, le Père Paul Collin. Il est apparu dans le numéro 11-12/73 (novembre-décembre 2007).

Un puits dans le désert

Sur les pas d' Abraham

La paroisse d'expression hébraïque de Beersheva a été placée sous le patronage de saint Abraham, le père des croyants. Et de fait, on constate un lien très fort entre la destinée d'Abraham et la vocation particulière de cette communauté paroissiale.

"De là Abraham partit pour la région du Néguev ... " (Gn 20, 1)

Cette communauté a été fondée dans la "capitale du Néguev" par le Père Jean-­Roger Héné, prêtre français assomptionniste d'origine juive, dans les années 1950. A cette époque, les ouvriers français qui construisaient l'usine nucléaire de Dimona avaient demandé au directeur la possibilité d'assister à la messe dominicale. Le Père Héné venait donc régulièrement célébrer l'Eucharistie à Beersheva, pour eux et pour des femmes polonaises employées dans la ville. Il était aidé par les soeurs de Saint Joseph. En 1990, une grande maison paroissiale vit le jour. Un an plus tard, en 1991, elle accueillait le Père Paul Collin auquel le Patriarche Michel Sabbah confiait la charge de curé de la petite communauté. C'était il y a seize ans.

Du "père d'une multitude de peuples" à "l'Eglise des nations"

Pour le Père Paul, la paroisse Saint-Abraham a d'abord une vocation à l'ouverture. "Il faut être le plus ouvert possible à tout le monde", répète-t-il. Tout le monde, c'est à la fois tous ceux qui le désirent, mais aussi le monde entier. En effet, la paroisse de Beersheva est une étonnante illustration de l'antique promesse de Dieu à Abram: "Tu seras le père d'une multitude de peuples" (Gn 17,4) et de cette "Eglise des nations" qu'est devenue l'Eglise apostolique après la Pentecôte. Parmi les paroissiens, on trouve des Israéliens, Juifs comme Arabes, mais aussi des immigrants venus de tous les pays : Russie, Ukraine, Roumanie, Pologne, Inde, Philippines, France, Italie, Portugal, Pays-Bas, Etats-Unis ... Certains des fidèles sont implantés depuis longtemps dans le pays, d'autres se sont installés récemment dans la capitale du Néguev, soit pour y travailler, soit pour étudier à l'université Ben Gourion. C'est l'hébreu qui fait l'unité linguistique de la communauté, pour la liturgie comme pour la communication.

L'hospitalité d'Abraham

En hébreu, le nom de Beer-Shéva signifie "puits-du-serment" ou "puits-des-sept", en référence au passage du livre de la Genèse où l'on voit Abraham conclure une alliance avec Abimelek en lui faisant don de sept agnelles (Gn 21, 22-34). Le Bienheureux Jean XXIII disait de la paroisse qu'elle est "la fontaine du village". "A Beersheva, la paroisse, c'est le puits dans le désert", aime à répéter le P. Paul. En effet, il suffit de quelques pierres - quelques croyants - pour indiquer le puits. Et ceux qui veulent viennent boire." Telle est l'autre vocation particulière de la paroisse de Beersheva :  l'accueil. Dans la petite église, on aperçoit derrière l'autel la belle icône de Roublev intitulée L'hospitalité d'Abraham. De même qu'autrefois Abraham accueillit avec empressement les trois mystérieux visiteurs, de même aujourd'hui la paroisse accueille avec joie tous ceux qui désirent se reposer et se désaltérer un moment au bord du puits qu'est Jésus, la source d'eau vive.

Richesse et pauvreté

Quand on regarde les photos prises à Saint-Abraham à l'occasion des fêtes liturgiques, des baptêmes, ou simplement de la messe dominicale, on se sent d'emblée en famille, une famille à la fois petite et grande : petite quant au nombre de ses membres, grande quant à la diversité de ses origines. Une autre richesse de la paroisse Saint-Abraham est l'amour de la parole de Dieu, lue et méditée en lectio divina chaque jeudi, dans la langue des patriarches et des prophètes.

Mais ces richesses ne vont pas sans pauvretés. Ainsi les chrétiens de Saint-­Abraham souffrent parfois d'un certain isolement, du à leur position géographique très excentrée au sein du diocèse patriarcal, mais aussi au fait qu'ils sont seuls à représenter l'Eglise catholique et la foi chrétienne à Beersheva. La visite récente (le 1er décembre) de Sa Béatitude Michel Sabbah, accompagné du P. Pierbattista Pizzaballa, OFM, Custode de Terre Sainte et Vicaire patriarcal pour la communauté catholique d'expression hébraïque, et de Mgr Marcuzzo, Vicaire patriarcal pour Israël - n'en a été que plus forte et joyeuse.

Pour le Père Paul, il faut prendre ces pauvretés comme un don. En effet, "si l'on considère la vie de grands saints comme saint François d'Assise, saint Ignace de Loyola ou le bienheureux Charles de Foucauld, on s'aperçoit que c'est au moment ou ils ont vécu une forme de pauvreté radicale qu'ils sont devenus frères universels, que leur coeur s'est ouvert à tous. A voir un coeur de pauvre permet d'accueillir tout homme, sans prendre parti."